Monaco – Chelsea, Deschamps, les caviars de Rothen… Les souvenirs de Shabani Nonda – www.asmonaco.com

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Date Heure de publication : 2024-03-06 10:30:17

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En ce jour où il fête ses 47 ans, l’AS Monaco souhaite un joyeux anniversaire à son ancien buteur, vainqueur de la Coupe de la Ligue en 2003 et finaliste de la Ligue des Champions, qui a pris le temps de se remémorer son passage en Principauté. Entretien.

C’est avec le grand sourire qui le caractérise et la modestie des grands champions, que Shabani Nonda a pris le temps de se raconter en amont du choc de Ligue 1 entre Lens et l’AS Monaco. Venu visiter le Centre de Performance et La Diagonale, en marge de la rencontre entre le Groupe Elite et Chelsea à laquelle il a assisté la saison dernière, l’ancien buteur des Rouge et Blanc a ainsi pris le temps de retracer son passage au pied du Rocher. Avec une gentillesse infinie… et beaucoup d’humour ! Interview. 🎙

Bonjour Shabani. Pour commencer, qu’est-ce que cela vous fait de revenir à l’AS Monaco ?

Cela réveille en moi beaucoup de souvenirs qui me reviennent en mémoire. Même si cela a énormément évolué en termes d’infrastructures notamment, en bien évidemment ! Donc ça fait toujours quelque chose. Sportivement j’ai beaucoup appris ici, au contact de grands joueurs.

Crédits photos : Pierre-Joseph Gadeau

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Que représente ce club pour vous ?

Pour moi, l’AS Monaco a été une progression importante dans ma carrière, car j’arrivais de Rennes et le Club venait d’être sacré champion de France en l’an 2000. J’ai donc appris beaucoup de choses ici, et puis d’un point de vue personnel, familial, c’est ici que je me suis marié et que j’ai eu des enfants. Ça représente beaucoup pour moi, puisque j’ai connu le sommet de ma carrière ici !

A l’époque vous arrivez de Rennes avec un statut de grand espoir. Comment résumeriez-vous vos cinq années passées en Principauté ?

A ce moment-là j’arrive dans un grand club, avec beaucoup d’ambition. Au début c’était un peu compliqué on va dire, mais avec l’arrivée de Didier Deschamps, la situation a changé pour moi. Même si sur le plan sportif, il y a cette blessure qui me coupe dans mon élan à l’été 2003 et qui reste un regret.

Oui je pense ! Je ne sais pas, il y avait une génération de joueurs, un super groupe qui vivait bien ensemble. Il y avait de la joie ! On avait dépassé le côté professionnel, football, on aimait être ensemble. C’était vraiment une famille.
Shabani NondaMonaco, meilleure équipe d’Europe en 2004 ?

Pour autant nous arrivons en finale de la Ligue des Champions, après avoir gagné la Coupe de la Ligue un an avant. Ce ne sont que des bons souvenirs. Je n’ai pas repris ma carrière comme je le voulais après ma blessure au genou, même si le professeur Jaeger m’a aidé à revenir. Mais ça va, je ne me plains pas (sourire).

Il y a quand même eu des grandes joies comme vous le rappeliez à l’instant !

Oui bien sûr, à commencer par la Coupe de la Ligue ! On finit deuxième en championnat cette année-là, le titre ne passe pas loin. Et puis il y a cette finale de Ligue des Champions (il s’arrête et réfléchit)… Quand même, nous avions la possibilité de la gagner ! Les regrets sont derrière nous maintenant, mais nous avions les joueurs capables de remporter ce trophée.

Jérôme Rothen avait dit récemment que Monaco était la meilleure équipe d’Europe cette année-là. C’est aussi votre avis ?

Oui je pense ! Je ne sais pas, il y avait une génération de joueurs, un super groupe qui vivait bien ensemble. Il y avait de la joie ! On avait dépassé le côté professionnel, football, on aimait être ensemble. C’était vraiment une famille. Quand tu rentrais chez toi et qu’on te disait qu’il fallait revenir à l’entraînement, tu savais que tu allais retrouver les potes.

(Il réfléchit) Marco Simone ! Marcelo Gallardo ! Quand j’arrive de Rennes, je vois ces gars-là et je me dis : “C’est quoi ce niveau ?” (rires). C’était impressionnant. Après il y a eu Fernando Morientes qui venait du Real Madrid. Il y avait aussi “la patte gauche” avec Jérôme Rothen.
Shabani NondaLes joueurs qui l’ont marqué

Je pense que ça c’était la clé ! C’est Didier qui est parvenu à construire cette cohésion, cette ambiance dans le groupe. Et on le voit partout où il passe, il arrive à créer la même chose et les résultats suivent.

Est-ce la coach qui a été le plus important dans votre carrière ?

(Sans hésiter) Ah oui ! Mais pas seulement pour moi d’ailleurs, il a été crucial pour beaucoup d’entre nous. C’est vraiment lui qui a su créer cette atmosphère autour de l’équipe de 2003-2004.

Dans cette génération des années 2000, vous avez côtoyé des sacrés joueurs ! Lesquels vous ont le plus marqué ?

(Il réfléchit) Marco Simone ! Marcelo Gallardo ! Quand j’arrive de Rennes, je vois ces gars-là et je me dis : « C’est quoi ce niveau ? » (rires). C’était impressionnant. Après il y a eu Fernando Morientes qui venait du Real Madrid. Il y avait aussi « la patte gauche » avec Jérôme Rothen. La révélation en revanche c’était Pat’ Evra, car à l’époque il venait de Ligue 2.

Il a démonté tous les pronostics ! On a eu Vladimir Jugović qui venait de la Juve aussi, et Oliver Bierhoff. Je n’avais même plus besoin de changer de championnat pour côtoyer des grands noms (rires) ! Le fait d’être avec eux au quotidien à l’entraînement, j’ai beaucoup appris.

Vous parliez de Marco Simone. Quelle était votre relation sur le terrain ?

Alors déjà, Marco m’impressionnait beaucoup ! Mais ça ne marchait pas trop avec moi, parce que lui sortait d’une saison avec David Trezeguet, qui avait son style bien spécifique de pur avant-centre. Et moi c’était différent, car j’aimais bouger sur le front de l’attaque et demander la balle de gauche à droite. Et là avec Marco c’était la première fois qu’on me demandait de rester en pointe fixe devant.

Nando c’était la classe ! Et pourtant ça correspond à une période où j’ai vécu ma pire expérience avec ma blessure. Mais Fernando il avait l’expérience du haut niveau, il était quasiment le seul avec Marco à avoir l’habitude de jouer la Ligue des Champions. Il avait cette sérénité, on voyait qu’il maîtrisait cette atmosphère.
Shabani NondaA propos de Fernando Morientes

Mais je ne savais pas comment faire. Et il me disait : « Mais qu’est-ce que tu fais là, tu devais être là-bas ! » En revanche, c’était un joueur formidable. La rapidité d’exécution qu’il avait dans les petits espaces, appel, contre-appel, c’est impressionnant ! Dans ma carrière, je n’ai jamais vu l’équivalent.

Et Marcelo Gallardo ?

Lui c’était la technique pure, et ce côté où il ne se laissait pas faire. Tu ne pouvais pas lui prendre le ballon ! Il lui collait au pied, tu étais obligé de faire faute. Il pouvait y avoir un colosse en face, il ne perdait jamais ! Et puis avec cette rage argentine, il fait vraiment partie des gars qui m’ont marqué avec Marco.

Vous avez joué avec d’autres attaquants, notamment Dado Pršo et Fernando Morientes…

Nando c’était la classe ! Et pourtant ça correspond à une période où j’ai vécu ma pire expérience avec ma blessure. Mais Fernando il avait l’expérience du haut niveau, il était quasiment le seul avec Marco à avoir l’habitude de jouer la Ligue des Champions. Il avait cette sérénité, on voyait qu’il maîtrisait cette atmosphère.

Avez-vous l’impression de faire partie de la lignée des grands attaquants de l’histoire de l’AS Monaco, les Onnis, Weah, Trezeguet ?…

(Il coupe) Non non ! Peut-être que certains le pensent, des supporters par exemple, mais moi je n’ai pas le recul pour en juger. Personnellement j’ai passé cinq années ici durant lesquelles j’ai essayé de donner le maximum pour satisfaire le Club. Mais c’est tout, je ne peux pas dire cela.

Oui il y en a un, mais il est vite parti du Club (sourire). Quand je le vois, je dis toujours à mon fils aîné qu’il a un peu mon style. Il est parti à Manchester… c’est Anthony Martial ! Il y a quelque chose je trouve, dans son explosivité. Je me revois un petit peu chez lui.
Shabani NondaUn attaquant qui lui ressemble

Comment expliquez-vous l’attachement que les supporters ont gardé avec vous ?

Je ne sais pas pour être honnête. On m’a posé la même question récemment à la Ligue ! On m’a dit que peu de joueurs avaient eu une chanson pour eux en France. Alors je ne sais pas (il explose de rire). C’est toujours difficile dans notre position, car on ne sait pas ce que les supporters voyaient en moi. C’est inexplicable.

Aujourd’hui quel attaquant vous ressemble dans ses caractéristiques selon vous ?

Oui il y en a un, mais il est vite parti du Club (sourire). Quand je le vois, je dis toujours à mon fils aîné qu’il a un peu mon style. Il est parti à Manchester… c’est Anthony Martial ! Il y a quelque chose je trouve, dans son explosivité. Je me revois un petit peu chez lui.

Peut-être qu’il est là où il devait être, mais pour moi il n’a pas donné le maximum de son potentiel. Car il avait beaucoup de qualités. Quand il part d’ici, il est très jeune en plus (20 ans, ndlr) ! Il aurait pu avoir la même progression que Kylian Mbappé, car il était impressionnant.

Pour revenir à votre parcours, vous finissez meilleur buteur du championnat en 2003 avec 26 buts. Quel sentiment cela vous procure avec le recul ?

Énormément de fierté ! Même si on loupe le championnat de pas grand chose (il sourit). Il fallait faire le doublé cette année-là. Après la victoire en Coupe de la Ligue, Didier nous avait saoulé avec le match à Guingamp, et finalement on perd (3-1). Il y avait Didier Drogba, Florent Malouda en face. Ils nous attendaient avec le couteau sous la gorge !

Est-ce qu’il y a un but en particulier qui vous reste en mémoire ?

(Il coupe) Chelsea ! Je marque pour mon retour de blessure, donc personnellement c’était fort. La résurrection. (Il voit une photo d’un duel avec John Terry) Ah ok (sourire) ! John Terry ce n’était pas le plus évident à jouer parmi les défenseurs.

Je savais à l’avance ce qu’il allait faire, selon sa gestuelle. D’ailleurs, si je termine meilleur buteur en 2003, je lui dois certainement 50% de mes buts ! C’est mon gars (sourire).
Shabani NondaA propos de Jérôme Rothen

Mais dans le championnat de France, je dirais que celui qui m’a donné le plus de fil à retordre, c’est l’Argentin Gabriel Heinze. Oh celui-là je ne l’aimais pas ! Il était méchant, vicieux, tout à la fois. C’est le seul pour lequel je me disais : « Ça va être très très dur ! » Les autres après, c’était un combat d’hommes.

Avec quel joueur aviez-vous une relation particulière sur le terrain ?

(Sans réfléchir) Jérôme Rothen ! Quand Didier nous a permis de travailler nos automatismes à l’entraînement, tout de suite j’ai senti que ça prenait ! Je savais à l’avance ce qu’il allait faire, selon sa gestuelle. D’ailleurs, si je termine meilleur buteur en 2003, je lui dois certainement 50% de mes buts ! C’est mon gars (sourire).

Mais il y avait aussi des hommes de l’ombre…

Bien sûr, avec Gaël (Givet), Sébastien (Squillaci), Hugo Ibarra, Lucas (Bernardi) au milieu avec Zikos ! Lui, il ne parlait pas souvent, mais quand il te regardait tu lui disais « oui oui », car tu savais qu’il allait te démonter (sourire). Je n’ai pas forcément gardé beaucoup de contacts avec cette génération, mais on a toujours plaisir à se revoir quand on en a l’occasion.

Pourquoi l’AS Monaco est un club si spécial dans la carrière d’un joueur ?

Pour ma part je sais pourquoi, parce que c’est là que j’ai appris à hausser mon niveau de jeu. Pour les autres je ne sais pas. Mais pour moi, c’était très spécial.

On n’a pas encore évoqué votre parcours en sélection. On imagine que c’était un grand honneur de défendre les couleurs de votre pays, la République démocratique du Congo ?

Quand on a ce statut de joueur de Monaco, cela vous donne de l’importance aussi dans votre pays. On vous donne le brassard de capitaine, puis vous devenez le porte-drapeau de votre pays, donc c’est quelque chose qui compte évidemment. D’autant qu’on avait l’ambition, au-delà de se qualifier pour la CAN, de participer à une Coupe du Monde. Et puis il y a la famille qui est fière. Le pays nous l’a bien rendu, car nous n’avons pas triché et avons donné le maximum. C’est peut-être ce qui fait que l’on est reconnu là-bas.

Il a toujours fait les choses différemment de toute façon (sourire) ! C’est le seul Ballon d’Or africain, le seul joueur Président de son pays. Qui va aller le chercher (rires) ? C’est un grand. Il a été unique en tant que joueur, et c’était notre modèle !
Shabani NondaA propos de George Weah

C’est aussi pour cela que vous voulez rendre la pareille aujourd’hui en lançant une école de foot ?

C’est ça ! Il y a des choses que nous n’avons pas pu réaliser lorsque nous étions en activité. Qualifier l’équipe en tant que joueur à la Coupe du Monde. Et maintenant en tant que dirigeant, travailler avec les jeunes en mettant en place des infrastructures, une académie.

C’est une façon de rendre au foot tout ce qu’il nous a donné. Et si c’est cette nouvelle génération qui arrive à faire ce que nous n’avons pas réussi à l’époque, ce sera quelque chose de très positif pour moi. C’est ça mon objectif et mon ambition. Je rêve de voir les jeunes de mon académie jouer une Coupe du Monde !

C’est forcément inspirant de voir ce que fait George Weah par exemple pour son pays…

Il a toujours fait les choses différemment de toute façon (sourire) ! C’est le seul Ballon d’Or africain, le seul joueur Président de son pays. Qui va aller le chercher (rires) ? C’est un grand. Il a été unique en tant que joueur, et c’était notre modèle ! C’est lui qui nous a permis d’arriver où on est aujourd’hui, car nous nous sommes inspirés de lui. Même quand tu sors du Continent, tu peux contribuer à son évolution, et il l’a prouvé avant de revenir diriger son pays. Par le foot, on peut changer les choses autour de soi.

Crédits photos : Pierre-Joseph Gadeau / Icon Sport